Saison 2010/2011 > Présentation de la nouvelle saison

La revue de cuisine
Les saisons d’orchestres évoluent au fil du temps. Il y a seulement vingt ans, nul n’aurait imaginé qu’une formation s’aventure en dehors du cadre établi d’un concert : ouverture, concerto et symphonie. Prenant l’exemple de certaines traditions culinaires françaises, la soirée musicale s’annonçait comme le souper que l’on savait composer avec cette belle élégance de la grande bourgeoisie du début du siècle, cela s’entend. Le second prolongeait le raffinement du premier, s’ouvrant par un consommé, suivi de l’un de ces décapodes marins aux teintes marbrées et l’on finissait d’un sorbet léger mais brillant. Et puis, le spectacle de La Revue de cuisine, pour reprendre le titre d’une pièce de Martin? programmée cette saison, s’est partagé dans un monde qui est devenu plus avide de sensations épicées, exotiques parfois. Au piano, ce sont aujourd’hui des chefs généreux qui assaisonnent nos mets classiques de leurs saveurs baroques. D’une table à la place d’un concert, on voyagea désormais plus rapidement, plus aisément d’un continent à l’autre, d’une culture sonore à l’autre. Les sensations se glissent dans nos assiettes, devant nos yeux, dans nos oreilles. Comment ordonner nos plats musicaux ? Faut-il, après tout, leur trouver un ordre ?
Le public est mis à contribution. «Aimez-vous Brahms ?» parait une interrogation réductrice. Être surpris sans être choqué, être séduit en étant un peu plus savant semble une vérité plus pertinente. L’Orchestre philharmonique de Strasbourg nous apprend donc qu’une symphonie de Haydn brille différemment aux côtés d’une partition de Lutoslawski, que les harmonies de Messiaen ne s’affolent pas au contact des œuvres de Brahms et de Wagner. 

La logique des concerts en est bouleversée. Ces diables de chefs, de solistes, de pupitres de musiciens ne nous laissent plus un instant de répit ! Ils nous observent, nous interrogent du coin de l’œil. Que nous demandent-ils ? Si l’œuvre que nous entendons est académique, novatrice, si elle a marqué la postérité ou bien si elle entrera un jour, peut-être, dans le répertoire ? Et si leur seul et véritable désir était que nous éprouvions tout simplement du plaisir ?

Les grandes baguettes de demain
Autour de Marc Albrecht, une nouvelle génération de chefs d’orchestre s’impose sur la scène internationale : Dima Slobodeniouk (18 et 19 novembre), Otto Tausk (25 novembre), Fayçal Karoui (31 décembre), Ludovic Morlot (14 et 15 avril), Michael Sanderling (12 mai), Theodor Currentzis (20 mai), Jakub Hruša (26 et 27 mai) et, bien entendu, Kirill Karabits que le public strasbourgeois accueille depuis plusieurs années (16 et 17 décembre).

Tous ces chefs rejoindront de grands noms comme Heinrich Schiff (28 et 29 octobre), Bertrand de Billy (2 et 3 décembre), Jií Blohlávek (13 et 14 janvier), Hans Graf (31 mars et 1er avril), entre autres.

Le socle symphonique de l’orchestre
Le répertoire symphonique austro-hongrois, de Haydn à Bruckner, forme l’ossature de la saison. Pour l’illustrer, on entendra divers solistes comme le pianiste Alexei Volodin dans le Quatrième concerto pour piano de Beethoven (7 et 8 octobre) et François-Frédéric Guy dans le Premier (7 avril), mais aussi le clarinettiste Martin Fröst dans le Premier concerto de Weber (10 novembre), suivi de Jean-Yves Thibaudet dans le Premier Concerto pour piano de Liszt (16 et 17 décembre). Les violonistes Christian Tetzlaff dans le Concerto pour violon de Beethoven (11 et 12 février), Isabelle Faust dans celui de Mendelssohn lors d’un concert hors-série (20 mai), mais aussi le corniste Radek Baborák dans le Premier concerto pour cor de Strauss (26 et 27 mai) ne seront pas en reste.
Le Chœur de l’OPS sera également à l’honneur dans la Rhapsodie pour alto et le Chant du destin de Brahms avec, en soliste, Lilli Paasikivi (25 novembre), mais aussi dans Les Planètes de Holst (31 mars et 1er avril) et enfin, dans la Neuvième symphonie de Beethoven (14 et 15 avril).

Du côté des grandes symphonies, notons la programmation des 98ème et 104ème symphonies de Haydn (respectivement les 28 et 29 octobre, puis le 12 mai), mais aussi la Troisième de Bruckner (7 et 8 octobre), la Cinquième de Dvorak (25 novembre), la Quatrième de Brahms (2 et 3 décembre), la Première de Sibelius (16 et 17 décembre) et la Neuvième de Schubert (26 et 27 mai). Enfin, parmi les fresques les plus gigantesques, notons la Sixième symphonie de Mahler (17 et 18 mars) et la Symphonie alpestre de Strauss (7 avril).

D’un siècle à l'autre
Les œuvres contemporaines tiennent une place importante dans la saison de l’Orchestre, facilitant ce va-et-vient d’une époque à l’autre. Les quatre concerts décentralisés de la rentrée mettent ainsi en valeur le Concerto pour violoncelle et orchestre de Bruno Mantovani sous la direction du compositeur et, avec en soliste, Marc Coppey (21, 28, 29 et 30 septembre). Puis, ce sera la création française du Concerto pour violon de Philippe Manoury sous l’archet de Hae-Sun Kang (14 et 15 avril). Christophe Bertrand compositeur strasbourgeois, proposera la création de sa Fanfare (18, 19 et 25 novembre) ainsi qu’une autre partition pour orchestre, commande de Mécénat Musical Société Générale (11 et 12 février).

Les grands classiques de la seconde moitié du XXème siècle composent également une série de points de repères : La Musique funèbre de Lutoslawski (28 et 29 octobre), Poèmes pour Mi de Messiaen avec la soprano Heidi Brunner (2 et 3 décembre), In Tempus Praesens de la compositrice tatare Sofia Gubaïdulina (17 et 18 mars).

Perles et autres curiosités
Pour autant, l’Orchestre demeure fidèle à sa volonté de mieux faire connaître de nouvelles œuvres peu programmées. Après le ballet Kratt de l’estonien Edouard Tubin et la Cinquième symphonie de Glazounov, un compositeur encore sous-estimé (10 novembre), s’ajouteront deux œuvres tchèques : l’arrangement de la suite de Katia Kabanova de Janácek par Jaroslav Smolka et la Première symphonie de Martin? (13 et 14 janvier). De toutes les œuvres de Debussy, le premier de ses ballets, Khamma, est certainement le moins souvent donné. Quelle belle occasion que de l’entendre sous la baguette de Marc Albrecht (11 et 12 février) ! N’oublions pas deux autres perles que sont la ravissante suite Aladdin du Danois Carl Nielsen dans un concert hors-série (21 avril) et la Suite américaine de Dvorak (26 et 27 mai).

La magie slave
Après avoir célébré la saison passée la musique de Mendelssohn, l’Orchestre propose à la Cité de la musique et de la danse un week-end de musique russe, deux “Odyssées” consacrées à Stravinsky et Prokofiev (20 et 21 novembre). La dizaine d’interprètes russes réunis par le pianiste Alexander Toradze nous feront découvrir un Sacre du printemps joué à deux pianos, mais aussi des pièces de Stravinsky inspirées par le jazz et plusieurs sonates de Prokofiev, notamment celles dites “de guerre”. L’univers sonore des deux compositeurs rejaillira à d’autres moments forts de la saison. Ainsi, juste avant ce week-end, on entendra la Symphonie en trois mouvements et le Concerto pour piano et instruments à vent de Stravinsky avec le Premier concerto pour piano et la suite de l’Amour des trois Oranges de Prokofiev sous les doigts d’Alexander Toradze (18 et 19 novembre).
Cette aventure russe se poursuivra avec le Concerto pour orchestre à cordes de Stravinsky (16 et 17 décembre), puis le Second concerto pour violon de Prokofiev avec Vadim Gluzman (21 avril) et, enfin, la sarcastique Première symphonie dite “Classique” du même compositeur (20 mai). Ces deux dernières pièces seront jouées dans le cadre de concerts hors-série.

Les reflets de la musique de chambre
Échos en partie de la saison symphonique, les récitals de musique de chambre conçus par les musiciens de l’Orchestre sont riches de trouvailles. Ainsi, aux côtés du Septuor pour vents de Beethoven, on entendra la Sonate à quatre n°3 de Rossini (24 octobre). Des pièces de Jolivet, Mower et Farr composeront un autre programme pour le moins original (5 décembre). Le pianiste Jean-Yves Thibaudet se joindra aux solistes de la formation pour des œuvres de Poulenc, Britten et Schumann (18 décembre). Le répertoire d’Europe centrale sera à l’honneur avec Smetana, Brahms et la célèbre Revue de Cuisine de Martinu. Retour au répertoire français avec des partitions de Debussy, Pierné et le Quatuor à cordes d’Henri Dutilleux (13 février). Etonnante surprise enfin que ces pièces de Thieriot et Blanc proposées par les musiciens de l’Orchestre (10 avril).

Au-devant des jeunes publics
Le sémillant Jean-François Zygel présentera plusieurs concerts éducatifs de l’Orchestre placé sous la direction de Stefan Blunier. Au programme : L’Apprenti sorcier de Dukas et la Danse macabre de Saint-Saëns (21, 22 et 24 mars).
Pour demeurer dans l’univers russe, les plus jeunes seront à la fête avec des matinées et après-midis consacrés à Pierre et le Loup de Prokofiev dirigé par Darrell Ang (3, 5 et 6 mai).
Pour les étudiants de l’Université de Strasbourg, Adrian Prabava conduira le double concerto de Brahms et la Septième symphonie de Beethoven. La violoniste Carolin Widmann et la violoncelliste Marie Elisabeth Hecker en seront les solistes (4 novembre). Un concert “jeunes talents” permettra d’entendre les artistes de demain dans des concertos de Copland, Debussy, Mendelssohn, Saint-Saëns et Bruch (10 décembre).

Parmi les nombreux événements de la saison, le Concert de la Saint-Sylvestre aura pour thème les Symphonic voices. A cette occasion, The Swingle Singers participeront à cette soirée festive dirigée par Fayçal Karoui.
Comme chaque année, l’Orchestre accueillera une formation invitée. Les Musiciens du Louvre – Grenoble dirigés par leur chef Marc Minkowski donneront l’intégrale des Concertos brandebourgeois de Bach (22 janvier).

Enfin, pour clore cette saison bien remplie, l’Orchestre assurera plusieurs concerts décentralisés ainsi que des tournées. Citons la Symphonie des deux Rives qui a lieu traditionnellement en juin et les Gurrelieder de Schönberg sous la direction de Marc Albrecht. qui seront donnés à deux autres reprises, notamment à la salle Pleyel à Paris (25 juin) et offriront l’occasion d’entendre une œuvre immense tant par ses effectifs que par son importance dans l’histoire de la musique :
Enfin, l’OPS se produira en tournée à l’étranger. Il donnera trois concerts à Modène et Naples, puis en Allemagne, à Cologne (octobre).

Stéphane Friederich
journaliste

haut top