Saison 2008/2009 > Présentation de la nouvelle saison

Le banquet céleste

Qu’un orchestre interprète tous les répertoires, et on lui reproche de perdre sa sonorité. Qu’il se consacre avec talent et personnalité dans ce qu’il sait le mieux et on le dit sans audace.

N’existe-t-il pas une troisième voie, patiemment élaborée au fil du temps, et qui est la marque de quelques formations dont le Philharmonique de Strasbourg ? C’est en effet un privilège de pouvoir se fondre à l’envi dans les timbres et les couleurs d’une œuvre, de s’en approprier la sève et l’âme, d’aller aux limites de l’interprétation, de sa recréation. La vie  musicale ne se compose plus alors d’une seule des quatre saisons, mais d’autant de paysages d’orchestres qui révèlent une mosaïque de styles. Les dizaines d’œuvres programmées par Marc Albrecht n’ont pas renoncé à leur univers sonore. Mais, sont-elles toutes si dissemblables, en rupture permanente les unes des autres ? Ne forment-elles pas une chaîne ininterrompue d’inspirations, une sorte de prodigieux Work in Progress pour reprendre l’expression de compositeurs actuels ?

Découvrir une saison aussi variée, c’est comme parcourir les rayonnages d’une bibliothèque dont les plus anciens volumes sont parus il y a trois siècles. Imaginons que l’écriture audacieuse de Strauss ne s’oppose pas au conformisme supposé de Brahms, que la modernité débordante d’énergie de la Turangalîlâ-Symphonie de Messiaen ne soit pas moins sensuelle au sulfureux Mandarin merveilleux de Bartók. éunissent petite et grande forme, délicieux académismes et pensées novatrices qui font toute la saveur d’une saison musicale. Chaque partition en fait jaillir d’autres par des associations d’idées sonores inattendues. Elles sont à l’image de ce Banquet Céleste de Messiaen.  


Grand répertoire et prestigieux invités

Le menu s’annonce fameux avec ses solistes et chefs que l’on retrouvera parfois après une longue absence : Andras Schiff, soliste du Premier concerto pour piano de Brahms (25 et 26 septembre), Paul Meyer dans la trop peu jouée Rhapsodie pour orchestre et clarinette principale de Debussy (9 octobre), le pianiste Martin Helmchen jouant l’élégant Concerto pour piano de Dvo?ák (14 mars), puis Pierre-Laurent Aimard dans le Concerto pour la main gauche de Ravel (16 et 17 avril). Ajoutons la venue du pianiste brésilien Nelson Freire dans le Quatrième concerto pour piano de Rachmaninov, moins connu que les trois autres opus (2 juillet).

Du côté des instrumentistes à cordes, l’Orchestre accueillera Ilya Gringolts, interprète du Second concerto pour violon de Wieniawski (14 novembre), ainsi que le violoncelliste Truls Mork dans Chostakovitch (5 et 6 février), puis Viktoria Mullova, interprète du Concerto pour violon de Brahms (7 mai).

En ce qui concerne les chefs d’orchestres, Walter Weller dirigera des œuvres de Mendelssohn, Haydn et Dvo?ák (23 et 24 octobre), puis Hans Graf, un programme de musique russe avec Stravinsky, Schnittke et Tchaïkovski (27 novembre). Jonathan Darlington sera à la tête de l’OPS dans des pièces de Fauré, Chostakovitch et Elgar (5 et 6 février). Grande figure de la direction d’orchestre russe, Gennadi Rojdestvenski consacrera une soirée à Prokofiev. Il y accompagnera notamment son épouse, Viktoria Postnikova dans le Second concerto pour piano (19 et 20 février). Pianiste et chef d’orchestre, Wayne Marshall interprètera des partitions de Gershwin et Bernstein (28 et 29 mai).

Quant au grand répertoire, il prendra les couleurs d’une Europe centrale et slave, faisant appel aux grands effectifs de l’Orchestre : Une vie de Héros de Strauss (25 et 26 septembre), la Huitième symphonie de Dvo?ák (23 et 24 octobre), la Cinquième symphonie de Tchaïkovski (30 octobre), l’Oiseau de feu de Stravinsky (14 novembre). Le Divertimento ainsi que Petrouchka du même compositeur sont également programmés dans d’autres concerts. Le second semestre n’est pas en reste avec le Mandarin Merveilleux de Bartók (14 mars), la Première symphonie de Mahler (16 et 17 avril), la Septième symphonie de Bruckner (7 mai)… Le concert de gala de la Saint-Sylvestre sera en revanche consacré à des extraits d’ouvrages de Puccini. Marc Albrecht accompagnera la soprano Fiorenza Cedolins et le ténor Marcello Giordani.

Le palais des curiosités

Pièces courtes ou monumentales, voici quelques découvertes et raretés : le Poèmesymphonique Les Bandar-Log de Charles Koechlin intrigueront par leur emprunt au Livre de la Jungle de Rudyard Kipling (9 octobre). L’hommage au compositeur tchèque Bohuslav Martin? quittera ces climats envoûtants pour la gravité du souvenir avec le Mémorial pour Lidice, village martyr (4 et 5 décembre). Avec le danois Carl Nielsen, ce sera en revanche, la dénonciation d’une autre barbarie, celle de la Première guerre mondiale dont les déflagrations sonores de la symphonie Inextinguible dirigée par Hugh Wolff sont saisissants (9 et 10 janvier). Enfin, Colin Matthews a orchestré quelques Préludes de Debussy dont les timbres du piano se seront dilués dans l’orchestre (16 et 17 avril).

De l’hommage à Messiaen aux éclats contemporains

Debussy a inventé un nouveau langage dont Messiaen revendiqua une part de la filiation. Compositeur des couleurs et transcripteur de la nature dont il sût tirer la magie, Messiaen est célébré à l’occasion du centenaire de sa naissance.

La Turangalîlâ-Symphonie ouvrira les festivités (6 et 7 novembre). Elles se poursuivent avec un “week-end Messiaen” qui réunira des artistes invités comme le pianiste Mikhail Rudy et des musiciens de l’Orchestre entourant Marc Albrecht, cette fois-ci au piano. Deux récitals de musique de chambre et un concert du Chœur de chambre de Strasbourg dirigé par Catherine Bolzinger clôtureront ces deux journées (15 et 16 novembre).

Tout comme l’écriture de Messiaen, celle d’Henri Dutilleux revendique également une filiation française qui puise ses sources dans les langages de Debussy et de Ravel. L’Orchestre dirigera les Métaboles du compositeur (2 juillet). Premier concerto grossode Schnittke s’inscrit dans une tout autre tradition. Ses réminiscences baroques croiseront le néoclassicisme du Divertimento de Stravinsky (27 novembre). Enfin, la musique du compositeur autrichien Heinz Karl Gruber nous invitera à voyager entre les cultures européennes et américaines, dans un savant jeu de correspondances sonores.

Autour de Rachmaninov

écitals consacrés au compositeur russe ont été imaginés par le pianiste Alexandre Toradze. Cet artiste réputé pour son charisme et sa virtuosité flamboyante a invité de jeunes solistes dont certains furent ses élèves. Alexandre Toradze et  “son école” nous feront entendre non seulement les Sonates pour piano de Rachmaninov, mais aussi des pièces mois connues pour quatre et six mains. Les célèbres Etudes-Tableaux sont également programmées avec la Sonate pour violoncelle et piano ainsi que le Trio Elégiaque. En tout, une dizaine d’artistes russes participeront à ce week-end bien rempli (18 et 19 octobre)


Les voix, du baroque au contemporain

Le Chœur de chambre de Strasbourg dirigé par Catherine Bolzinger participera à un concert, accompagné par l’organiste Vincent Warnier à l’église de Saint-Pierre-le-Jeune dans des œuvres de Bach à Messiaen en passant par Homilius, Fauré et Duruflé (16 novembre). Le Chœur de l’Ops participera quant à lui à Un Requiem Allemand de Brahms, une œuvre dans laquelle il est omniprésent (4 et 5 décembre).  On l’entendra à nouveau dans les Chichester Psalms de Bernstein (28 et 29 mai). Comme à chaque saison, l’Orchestre invite d’autres ensembles. Le prestigieux Gabrieli Consort & Players se produira à la tête de son fondateur, le chef anglais Paul McCreesh dans Acis et Galatée de Haendel (11 février).


Musique de chambre et récital

Hormis les week-ends musicaux consacrés à Messiaen et Rachmaninov, d’autres récitals sont annoncés tout au long de la saison. Ils font appel à des solistes invités ainsi qu’aux musiciens de l’OPS. En dehors des pièces de Messiaen, Mikhail Rudy jouera des œuvres de Chopin, Liszt et Moussorgski (15 novembre). Ivo Pogorelich interprètera des œuvres de Ravel et Granados (18 avril). Autres solistes invités : Renaud et Gautier Capuçon et Frank Braley consacreront une soirée aux deux Trios pour piano, violon et violoncelle de Schubert (28 mars). Puis, ce sera au tour du Trio Wanderer avec des œuvres de Haydn, Schumann et Ravel. Pour leur part, des musiciens de l’Orchestre présenteront les quintettes pour clarinette de Mozart et de Weber (8 février), puis un programme de musique française (Fauré, Debussy, Roussel et Ravel) lors d’un week-end exclusivement réservé à la musique de chambre (19 avril). Enfin, ils se produiront dans le sextuor de Capriccio de Strauss et le Quintette à deux violoncelles de Schubert (17 mai).


Concerts éducatifs et hors de Strasbourg

Concert à l’Université de Strasbourg (novembre), concerts décentralisés en région Alsace, participation de l’Orchestre à la 5e édition de la Symphonie des deux rives (juin)… les opportunités ne manquent pas de diffuser la musique classique. En février, les concerts éducatifs toucheront les jeunes publics ainsi que les familles sur la thématique Autour du monde. En avril, d’autres concerts sont prévus, cette fois-ci consacrés aux Fables de La Fontaine et à la musique de Vladimir Cosma.
Une soirée est également programmée à la Salle Pleyel, à Paris. Marc Albrecht et le pianiste Nicholas Angelich y interpréteront le Premier concerto pour piano de Brahms et Une Vie de Héros de Strauss (24 mars). Enfin, les tournées d’un Orchestre à l’étranger sont essentielles. Marc Albrecht dirigera la formation à l’occasion d’un concert au Rudolfinum de Prague (29 septembre), puis lors d’une tournée en Espagne (mars).


Stéphane Friederich
Journaliste